ÉTUDE TECHNIQUE · Yoko-sutemi-waza

Kani-basamidéfinition du Kodokan, fracture et recherche, hansoku-make dans les règles actuelles

Le kani-basami : définition du Kodokan, fracture de 1980, recherche japonaise, hansoku-make de l'IJF et règles japonaises. Sans explication d'exécution.

En japonais
蟹挟
Classification
Nage-waza · Yoko-sutemi-waza

Qu'est-ce que le kani-basami ?

Dans la classification du Kodokan, le kani-basami fait partie des nage-waza (techniques de projection) et, parmi elles, des yoko-sutemi-waza, c'est-à-dire des sacrifices sur le côté. C'est le quinzième des seize yoko-sutemi-waza. Tori se laisse tomber sur le côté et fait chuter l'adversaire en lui enserrant le bas du corps entre ses deux jambes.

Le kani-basami figure toujours dans la liste des noms de techniques du Kodokan. Mais dans les règles de l'IJF (Fédération internationale de judo), l'appliquer entraîne un hansoku-make « contraire à l'esprit du judo » : le combattant ne peut plus disputer les combats suivants de la compétition. Au Japon, il en va de même dans les compétitions organisées selon les règles de l'IJF, dont la Fédération japonaise de judo publie le texte en japonais dans son guide de la licence d'arbitre, et dans les compétitions jusqu'à l'âge du collège, qui reposent sur les règles de l'IJF (section 6).

Un cas où uke s'est fracturé un os de la jambe en compétition est documenté (section 5). Une recherche japonaise avance que, si uke résiste pour ne pas tomber, les os de la jambe, entre le genou et la cheville, peuvent subir un effort de flexion important (section 4).

L'article présente la définition du kani-basami, les raisons pour lesquelles il est jugé dangereux, la manière dont il a été interdit et les règles qui s'appliquent aujourd'hui. Comme cette technique est sanctionnée par hansoku-make dans les règles de compétition, l'article n'explique ni comment l'exécuter, ni comment y entrer, ni comment l'entraîner.

Vidéos de référence

KODOKAN (chaîne YouTube officielle du Kodokan), « 蟹挟 / Kani-basami » (titre en japonais et en anglais)
Ouvrir sur YouTube

Ces vidéos de référence permettent de se représenter le mouvement.

Vidéos officielles du Kodokan

  • Kani-basami (titre en japonais et en anglais) : vidéo de la chaîne YouTube officielle du Kodokan. La liste des noms de techniques du Kodokan y renvoie depuis l'entrée kani-basami, et sa description la présente comme l'un des épisodes de la série « 100 techniques » du Kodokan et de l'IJF Academy.
  • Yoko-sutemi-waza (titre en japonais et en anglais) : vidéo de la même chaîne consacrée aux yoko-sutemi-waza. La rubrique « Yoko-sutemi-waza » de la liste des noms de techniques du Kodokan y renvoie.

Définition et classification

La définition du Kodokan

Le Kodokan définit le kani-basami ainsi (traduit du japonais) :

Technique dans laquelle on déséquilibre l'adversaire vers l'arrière, on ouvre le corps vers la gauche depuis le côté gauche de l'adversaire, on place la jambe droite contre son bas-ventre et la jambe gauche derrière ses deux genoux, on se laisse tomber sur le côté gauche, et on le projette en l'enserrant entre les deux jambes.

Cette définition est citée uniquement pour permettre de reconnaître la technique ; l'article ne la décompose pas en étapes et ne l'illustre pas.

Place dans la classification

Le Kodokan divise les nage-waza en tachi-waza (techniques debout) et en sutemi-waza (techniques de sacrifice), et les sutemi-waza en ma-sutemi-waza (sacrifices dans l'axe) et en yoko-sutemi-waza (sacrifices sur le côté). Le kani-basami, où tori se laisse tomber sur le côté, est l'un des yoko-sutemi-waza.

Le kani-basami et le gokyo

Le kani-basami ne figure ni dans l'ancien gokyo établi en 1895 (42 techniques), ni dans le gokyo révisé en 1920 (40 techniques). Il fait partie des yoko-sutemi-waza dans la liste des noms de techniques du Kodokan établie en 1982 et révisée en 1997, et il figure toujours parmi les yoko-sutemi-waza dans la liste actuelle du Kodokan (100 techniques).

Différence avec un yoko-sutemi-waza voisin

Le kawazu-gake, autre yoko-sutemi-waza, est une technique dans laquelle tori enroule une jambe autour de la jambe de l'adversaire par l'intérieur et se laisse tomber avec lui. Sa forme diffère du kani-basami, qui enserre l'adversaire entre les deux jambes ; mais dans les règles de l'IJF, les deux techniques figurent côte à côte parmi celles qui entraînent un hansoku-make et l'impossibilité de disputer les combats suivants.

Pourquoi le kani-basami est-il jugé dangereux ?

L'effort subi par les os de la jambe

Au début des années 1990, une recherche japonaise est partie de l'idée suivante : comme le kani-basami enserre les jambes de l'adversaire entre les deux jambes, la force des jambes qui enserrent agit, si uke résiste pour ne pas tomber, comme un effort qui fait fléchir les os de la jambe. Les chercheurs ont voulu mesurer l'ampleur de ce danger. Ils écrivaient alors qu'en compétition, les cas où la technique blesse le bas de la jambe de l'adversaire sont nombreux, et que, si l'on privilégie la sécurité, il serait souhaitable d'en faire une technique interdite, mais qu'aucune étude n'avait encore examiné le degré de ce danger.

Pour cette étude, des jauges de déformation ont été collées sur deux perches en fibre de verre représentant une jambe ; des membres d'un club universitaire de judo y ont appliqué le kani-basami, et les chercheurs ont mesuré l'effort de flexion subi à l'endroit correspondant au bas de la jambe. Ils ont comparé ces valeurs à un ordre de grandeur de l'effort qui fracture le tibia, l'os le plus épais de la jambe.

Ce que montre la recherche

Les auteurs estiment que, lorsque la technique est pleinement appliquée, que le genou de uke est bloqué et que uke résiste pour ne pas tomber, un effort de flexion suffisant pour fracturer le tibia peut s'exercer. Ils supposent aussi que le péroné, l'os fin situé sur le côté extérieur de la jambe, risque fort de se fracturer.

Les auteurs signalent eux-mêmes les limites de leur travail. Dans une situation réelle interviennent des éléments incertains, comme le mouvement des jambes de l'adversaire, les tissus mous tels que les muscles, ou la résistance de l'os associée à celle du péroné ; il est donc difficile, selon eux, de prédire une fracture à partir d'une simulation. Ils n'ont pas étudié la résistance du péroné à la flexion. Les participants étaient peu nombreux et tous membres d'un club universitaire de judo, et l'étude n'a pas mesuré de fractures sur des os vivants.

La blessure documentée

La fracture subie en compétition à la suite d'un kani-basami est présentée à la section 5.

Uemura Haruki, alors président du Kodokan, évoque lui aussi, dans son message du Nouvel An de 2010, l'interdiction du kani-basami en tant que « technique dangereuse ».

Comment le kani-basami a été interdit

La blessure de 1980

En mai 1980, la catégorie des +95 kg des championnats du Japon par catégories de poids, qui servaient aussi de dernière épreuve de sélection pour les Jeux olympiques de Moscou, se disputait en poule à quatre combattants. Lors de cette compétition, Yamashita Yasuhiro s'est fracturé la jambe gauche sur un kani-basami en sacrifice d'Endō. Dans un entretien, Yamashita déclare lui-même : « je me suis fracturé la jambe gauche » (traduit du japonais) ; il précise qu'il n'a pas pu poursuivre le combat et qu'il lui a fallu trois mois pour guérir complètement. Un article biographique de la Fondation Sasakawa pour le sport indique que l'os fracturé était le péroné gauche.

L'interdiction dans les règles et les documents d'enseignement

D'après les documents que nous avons pu consulter, le traitement du kani-basami peut se retracer ainsi :

  • Liste des noms de techniques de la Fédération internationale de judo (établie en 1995, révisée en 1998) : le kani-basami y figure parmi les quatre « techniques interdites », avec l'ashi-garami, le do-jime et le kawazu-gake.
  • Règlement d'arbitrage des compétitions du judo Kodokan, règlement des jeunes (révisé le 12 janvier 2000) : dans les compétitions de collégiens et d'écoliers, appliquer le kani-basami entraînait un hansoku-make. Ce règlement est reproduit sous forme d'extrait dans le guide de 2013 du ministère japonais de l'Éducation ; nous n'avons pas pu vérifier s'il est toujours en vigueur avec le même contenu.
  • Guide du ministère japonais de l'Éducation (2013) : pour l'éducation physique des deux premières années du collège, le kani-basami est cité parmi les exemples de techniques interdites à ne pas utiliser (section 6).
  • Règles actuelles de l'IJF (version du 24 juillet 2026) : il figure parmi les actes sanctionnés par un hansoku-make contraire à l'esprit du judo (section 6).

Les règles actuelles

Voici les principales dispositions qui nomment le kani-basami et fixent son traitement.

Cadre / publicDispositionAuteur de la règle
Compétitions de l'IJF (toutes catégories d'âge)Parmi les techniques classées par le Kodokan, les règles citent le kawazu-gake, le kani-basami, le do-jime et l'ashi-garami comme techniques non autorisées dans les compétitions de l'IJF. Appliquer le kani-basami entraîne un hansoku-make « contraire à l'esprit du judo »IJF (règles sportives et d'organisation, article 9.7 et article 18.2.2, point 2)
Après ce hansoku-makeLe combattant ne peut pas poursuivre la compétition. Dans le tableau, il conserve la place atteinte : s'il en était au quart de finale, il est classé 7e. En poule, chacun de ses combats restants est gagné par ippon par l'adversaireIJF (règles sportives et d'organisation, article 18.2.2)
Compétitions au Japon organisées selon les règles internationalesLe texte japonais des règles de l'IJF prévoit le même traitement et précise que le combattant « ne peut pas disputer les combats suivants ». Une note indique que, dans les compétitions nationales, ce hansoku-make est donné avec l'accord d'un juge ou d'un membre de la commission d'arbitrageFédération japonaise de judo (guide de la licence d'arbitre de judo 2026)
Compétitions au Japon jusqu'à l'âge du collègeLes compétitions se déroulent selon les règles d'arbitrage de l'IJF, auxquelles s'ajoutent des dispositions de sécurité. Le traitement du kani-basami découle des règles internationales qui servent de baseFédération japonaise de judo (règlement d'arbitrage des compétitions de jeunes, en vigueur depuis le 1er avril 2026)
Éducation physique des deux premières années du collège au Japon« En judo, comprendre que l'on n'utilise pas les techniques interdites, comme le kani-basami, le kawazu-gake, l'ashi-garami et le do-jime, et pouvoir s'y conformer » (traduit du japonais)Ministère japonais de l'Éducation (guide de l'enseignement du judo, 3e édition révisée)

Comment lire ces règles

  • Dans les règles de l'IJF, cette disposition se contente de nommer le kani-basami (le texte japonais de la Fédération japonaise de judo dit « appliquer le kani-basami ») et ne décrit pas le mouvement. Elle ne contient aucune formule d'exception selon la situation.
  • Dans les règles de l'IJF, avant de donner un hansoku-make, l'arbitre se concerte avec le ou les directeurs de l'arbitrage de l'IJF ou le ou les superviseurs de l'arbitrage.
  • La mention du ministère japonais de l'Éducation figure parmi les « attitudes » à acquérir en éducation physique scolaire, dans la colonne des deux premières années du collège. Les colonnes de la troisième année du collège et du lycée ne nomment pas le kani-basami. Il ne s'agit pas d'un texte qui interdit de façon générale son entraînement au dojo ou en club scolaire.

Sources

Sources classées par section, consultées les 19 et 20 octobre 2026. Les titres des documents publiés uniquement en japonais sont donnés dans notre traduction française et signalés par « (en japonais ; titre traduit) ».

Section 1 : Qu'est-ce que le kani-basami ?

Section 2 : Vidéos de référence

  • Titre et éditeur : voir plus bas, sous « Vidéos de référence ».

Section 3 : Définition et classification

  • Définition du Kodokan ; listes de l'ancien gokyo et du gokyo : Kodokan, « Liste des noms des techniques de judo » (ci-dessus)
  • Division des nage-waza, des sutemi-waza et des yoko-sutemi-waza : Kodokan, « Kodokan judo : manuel pour les examens de dan » (révisé le 19 juin 2026) (en japonais ; titre traduit) https://kdkjudo.org/wp-content/uploads/2026/06/昇段試験のためのテキスト_20260619改.pdf
  • Liste des noms de techniques du Kodokan établie en 1982 et révisée en 1997 : Fédération japonaise de judo, « Manuel des arbitres de la Fédération japonaise de judo » (2004, extraits ; partie « Noms des techniques du Kodokan ») (en japonais ; titre traduit) https://www.judo.or.jp/cms/wp-content/uploads/2013/08/2004-shinpan-man.pdf
  • Définition du kawazu-gake : Kodokan, « Liste des noms des techniques de judo » (ci-dessus). Traitement réglementaire : les règles de l'IJF citées pour la section 6

Section 4 : Pourquoi le kani-basami est-il jugé dangereux ?

  • Point de départ de la recherche, nombreuses blessures du bas de la jambe en compétition, méthode de l'expérience : 籔根敏和, 野原弘嗣, 上村守, 岡田修一, 山崎俊輔, 細川伸二, « Sur la force d'impact du kani-basami sur le bas de la jambe » (en japonais ; titre traduit), Budōgaku Kenkyū (revue de la Société japonaise des arts martiaux), 23(2) : 17–18, 1990 https://doi.org/10.11214/budo1968.23.2_17
  • Méthode, conclusion, hypothèse sur le péroné, limites signalées par les auteurs : 籔根敏和 et al., « Sur l'effort de flexion produit par le kani-basami » (en japonais ; titre traduit), Budōgaku Kenkyū, 24(1) : 52–62, 1991 https://doi.org/10.11214/budo1968.24.1_52
  • Localisation de la blessure de 1980 : sources de la section 5
  • Message du président du Kodokan : Kodokan, « Message du Nouvel An » (Uemura Haruki, président du Kodokan, janvier 2010) (en japonais ; titre traduit) http://kodokanjudoinstitute.org/words/201001/

Section 5 : Comment le kani-basami a été interdit

  • Compétition et blessure de 1980 (fracture de la jambe gauche, combat impossible à poursuivre, trois mois pour guérir complètement) : Fondation Sasakawa pour le sport, « Yamashita Yasuhiro, l'incarnation de la souplesse du judo dans l'histoire olympique » (entretien de la série « Voice of Legends », mai 2013) (en japonais ; titre traduit) https://www.ssf.or.jp/knowledge/history/interview/013.html
  • Os fracturé : le péroné gauche : Fondation Sasakawa pour le sport, « Yamashita Yasuhiro : réaliser son rêve » (série de portraits d'athlètes olympiques et paralympiques, Sano Shinsuke) (en japonais ; titre traduit) https://www.ssf.or.jp/knowledge/history/olympic_athlete/27.html
  • Les quatre techniques interdites de la liste des noms de techniques de la Fédération internationale de judo (établie en 1995, révisée en 1998) : Fédération japonaise de judo, « Manuel des arbitres » (ci-dessus ; partie « Noms des techniques de la Fédération internationale de judo »)
  • Extrait du règlement des jeunes du Kodokan (révisé le 12 janvier 2000) ; guide de 2013 : ministère japonais de l'Éducation, « Documents pour l'enseignement pratique de l'éducation physique scolaire n° 2 : guide de l'enseignement du judo (3e édition révisée) » (fichier 1333611_12.pdf, p. 190 de l'édition imprimée) (en japonais ; titre traduit) https://www.mext.go.jp/a_menu/sports/jyujitsu/1334217.htm
  • Règles actuelles de l'IJF : sources de la section 6

Section 6 : Les règles actuelles

Vidéos de référence

Kodokan